Santé, et vive l’A380 !

Vendredi 11 mars 2011 un séisme de magnitude 8,9 s’est produit à 130 kilomètres à l’est de Sendai (au nord-est du Japon) qui provoqua quelques heures plus tard un tsunami. C’est la catastrophe naturel la plus importante que le Japon est subit ces dernières années. Georgia, qui travaillait dans un comité d’entreprise, y était avec son groupe. Elle avait offert à Jérôme, un vieil ami, l’opportunité de faire ce voyage avec ces avantages. Je suis personnellement très proches de ces deux personnes et je n’ai su qu’ils étaient au Japon qu’après leur retour. Je leurs ai demandé de me raconter leur histoire autour d’un repas dans une brasserie parisienne, où nous avons mangé et discuté pendant presque 3 heures.

Dictaphone + Mojitos, cocktails et Porto

– Skimy : Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à partir au japon ?

Georgia : Ce qui nous a donné envie de voyager… Déjà, l’envie pour commencer. Moi je travaille dans un comité d’entreprise, ça fait deux ans que je propose ce voyage. On me l’a finalement accepté et il s’avère que il y a deux ans Jérôme m’a dit : « Si un jour tu pars au Japon, tu m’emmènes ! » Et que donc, quand j’ai eu l’occasion de partir au Japon, je l’ai emmené. Donc, voilà, j’ai organisé avec des salariés [de l’entreprise] dans laquelle je travaille un voyage à Kyoto, puis à Tokyo, sur une dizaine de jours. Nous, on avait prévu de prolonger notre voyage de cinq jours. C’est à dire de s’occuper du groupe et ensuite d’aller se balader on ne sais pas trop où, pas trop comment. On est arrivé le 4 mars, cinq jours à Kyoto et cinq jours à Tokyo, puis cinq jours libres. Voilà le contexte.

Jérôme : Alors moi, je suis parti au Japon parce que j’avais l’opportunité de le faire dans des conditions financières plus qu’avantageuses et parce que depuis que je sais qu’il y a un pays qui s’appelle le Japon et…. et voilà ! Et partir avec Georgia effectivement… je serais pas parti tout seul, donc le fait de partir [ensemble]. C’est Georgia qui m’a donné l’idée. Comme j’ai pas de voyage d’affaire… C’est a peu près tout. Ça suffit comme motif. C’est donc mes deux seuls motifs.

– Skimy : Et donc, il y eu un tremblement de terre quand vous étiez à Tokyo ?

Georgia : À Tokyo. Il y a eu une première secousse mercredi, ils m’ont traité de folle. On était dans un magasin, [et] il y a eu une magnitude 3, presque rien… Nous étions dans un magasin, j’ai senti le sol trembler et je leur ai fait remarquer, ils m’ont traité de cinglée, et quelques heures après on a vu des messages de France : « Alors ? Ça tremble ? » Ça va, je me suis dit, c’est cool, les tremblements de terre c’est facile hein ! Là pour le moment il y avait deux écoles, les gens qui ont senti la secousse : « ha ouai, quand même ça bouge ! », les gens qui ne l’ont pas ressenti : « ha ba si c’est ça les tremblements de terre au Japon, ça va, c’est bon quoi. » Et puis deux jours après, c’était donc le dernier jour que j’accompagnais, on était le 11, le groupe était séparé, on allait chacun de notre coté, on se baladait, pour profiter de la dernière journée sans le groupe. On était, Jérôme et un collègue à moi, dans le métro. On se rendait dans un parc que l’on n’avait pas pu visiter la veille parce qu’il était fermé. Et donc, après déjeuner, on rentre dans le métro. Le métro se ralenti. S’arrête. On fait des blagues débiles : « Hahaha ! Eux aussi ont des problèmes de transports, quand on parle de la RATP,  de la SNCF, patati, patata… » Et là…

Jérôme : Et là le monde bouge.

G : Voilà le monde bouge.

J : La terre bouge, le wagon commence à partir dans tous les sens, tous les cotés, ça bougeotte. Ça bougeotte pendant deux très, très longues minutes. On a su que après, que c’était des minutes. Parce que sur le coup on l’impression que ça dure… Déjà sur le coup on a l’impression que ça dure deux jours, mais… Après en réfléchissant on se dit que ça a du durer quelques dizaines de secondes. Mais c’est bien, bien après, que l’on a su, puisque que c’est de retour en France que l’on a su que ça durais ce temps là. Et pendant deux minutes on finit par se dire je peux m’accrocher à ce que je veux, de toute façon, c’est pas moi qui gagne.

G : C’est une bonne façon de résumer ouai.

J : Ba, moi c’est… J’avais la main serrée sur la barre du métro. J’avais les articulations blanches tellement…je serrais.

G : Tu te tenais bien. Tu te tenais bien !

J : Très, très, très peur. Et pour éviter d’affoler tout le monde j’ai fait comme si je n’avais pas très, très, très peur. Mais j’étais terrorisé quoi.

G : On dit beaucoup : « Holala, les japonais ils ont l’habitude, ils ont pas peur ». C’est faux.

J : Ils ont l’habitude !

G : Mais ils ont peur !

J : C’était une secousse qui était costaude pour là bas, et la nana à coté de moi elle flippait hein ! Elle est devenue pâle très rapidement. C’est quand on a vu que eux avaient peur, que nous on a commencé à avoir peur. Je pense que c’était à peu près ça. Mais je pense que quelque part ils tenaient bonne figure pour éviter que se soit la panique.

G : Ça a fini par arrêter de bouger : « Bon maintenant ça serait bien de sortir du tuyau… »

J : Et ne plus jamais y retourner !

G : Donc le métro sort du tuyau et arrive sur le quai. Les portes s’ouvrent. Certaines personnes descendent, mais pas tout le monde. Il y a une annonce, première annonce… Mais en japonais bien entendu. Donc on est pas trop… Y a une deuxième annonce. On finit par sortir parce que moi je leur dis qu’on va pas pouvoir rester. Moi je n’ai pas trop envie de rester dans ce métro. Je préfère marcher. Et puis je me disais qu’il va y avoir une réplique, évidement il va y avoir une réplique. J’ai pas envie d’être dans le métro au moment ou il y aura un deuxième réplique. Donc on est sorti, on a demandé ce qu’il se passait : « Ho, c’est un tremblement de terre, ils arrêtent tous les transports, ça va durer au moins une demi heure. » On sort, tout tremblotant :« Oulala ! Fiou, ça bouge ! » Et après quelques mètres, le sol se remet à trembler.

J : C’est vraiment qu’au moment où on a commencé à se détendre, que là d’un coup on s’est regardé tout les trois en se disant : « Là, ça re-bouge ? Est-ce une illusion ? C’est les genoux qui flagellent ou quoi ? » et très rapidement, en fait, il y a plus un bruit. Plus personne ne parle. Plus un bruit de bagnole, tout s’arrête. Et d’un coup, ça re-tremble !

G : Et on voit les fils électriques (rien n’est enterré au Japon), les fils qui se balancent, les poteaux qui bougent, les voitures qui sautent sur place, les gens qui ont peur !

J : Ouai, véritablement. C’est des gens qui, voilà, sont figés parce qu’ils attendent. Quoi ? Tu sais pas trop, mais ils attendent. Et c’est quand tu vois les arbres bouger, mais bouger : bouger ! Comme si c’était un truc balayé par le vent. Y a des arbres qui bougent sur 1 ou 2 mètres ! Qui bougent comme ça ! (NDA : mouvement de mains qui se croisent) À la limite tu vois un poteau électrique qui tremble parce que il y a un tremblement de terre, tu te dis que bon, bin voilà : c’est artificiel, c’est normal, fallait pas le mettre là. Mais un arbre ! Là tu te dis « Ha ouai, quand même la terre, elle est pas tout à fait d’accord avec ce qui est en train de se passer ! » Et c’est impressionnant parce que pendant le temps que ça dure, 1 ou 2 minutes, tout le monde s’arrête. Tout le monde.

G : Il n’y a plus de voiture. Les voitures arrêtent de rouler, en fait on est attentif à ce qui est autour, au cas ou il y est quelque chose qui tombe, ça peut. Les immeubles tremblaient franchement. Et pendant un bon moment il n’y a plus rien qui se passe, tout le monde attend…

J : … la fin de la secousse et ce qui se passe après. Les gens restent dans la rue. Parlent entre eux. S’assoient, ou pas d’ailleurs. Mais tout le monde reste là. Et l’activité s’arrête pendant un moment,c’est très impressionnant.

G : On est les seuls à marcher.

J : Faut dire que c’est pour ne plus sentir le sol bouger.

G : Ouai, et on le sentait beaucoup moins que quand on s’arrêtait. Quand on s’arrête, ça tangue, c’est pas du tout comme sur un bateau, c’est plus rien de stable, c’est…

J : La sensation, qu’on a des fois dans un ascenseur, ou dans une voiture quand le dénivelé se fait très rapidement. C’est ça en permanence durant la duré de le secousse. On est en équilibre sur quelque chose, le quelque chose, c’est le monde. Bin voilà. Comme si tu étais en équilibre sur une planche sur une boule, et en l’occurrence c’est le trottoir, c’est le monde, c’est la terre qui bouge, c’est inédit. C’est pas agréable du tout.

G : Moi j’ai du mal à comprendre comment on peut s’y habituer. Et ça fini par s’arrêter, quand même. À un moment on s’est assis un petit peu. Pareil, on a refait quelques mètres, on s’est assis parce que j’avais les jambes qui flageolaient. Et en m’asseyant je m’aperçois que c’est le sol qui continuait à trembler, mais beaucoup moins fort ! Mais c’était presque imperceptible, on avait juste l’impression d’avoir les jambes qui flageolaient. Bon, on s’est dit, voilà, le pire est passé, on avait absolument pas conscience de se qui se passait à Sendai. Donc, à 100, 200 kilomètres au nord. On ne se doutait pas que l’on était dans un des plus gros séismes du Japon.

J : On se disait, putain, ils sont balaises quand même. Ils font ça toutes les trois semaines ! Fiou… Ils en ont des… des japonaises les gens, quoi ! Donc on se dit on va avancer un petit peu. (..) parce que moi j’étais responsable du groupe, il fallait que je les amène à l’aéroport. Que je m’assure que tout le monde monte dans l’avion. Nous avions rendez-vous à l’hôtel pour prendre un bus qui nous amenait à Narita (à l’aéroport). On les comptait, on les mettait dans l’avion, et ensuite hasta la vista baby : cette nuit on était tranquille pour cinq jours. On pensait encore, à ce moment là qu’on resterait. Donc on s’est dit on va rentrer jusqu’à l’hôtel. Il est quand même sacrément loin, on va rentrer à pieds parce qu’il n’y a toujours pas de transports. On a commencé à marcher dans les rues avec des millions de Tokyoïtes.

G : Oui, parce qu’il faut dire qu’ils arrêtent tout. Par précaution, par sécurité, ils arrêtent tout. Et à Tokyo des lignes de métro, des compagnies qui tiennent des lignes de métros il y en a au moins 4 ou 5. Il y a deux métros souterrains différents, deux métros aériens différents, c’est énorme ! Et tout s’arrête en une seule fois. C’est une ville qui utilise les transports en commun comme nulle part ailleurs dans le monde… et c’est fini.

NDA : Pause dans l’interview où nous lisons nos menus.

G : Donc voilà, donc il n’y avait plus rien du tout, donc on n’était pas les seuls à vouloir rentrer, parce qu’il était quand même assez tard, on est en fin d’après midi. Il devait être…

J : Quatre, cinq heures.

G : Ouai, voilà, il devait être 4 heures. C’est arrivé à 14 h 45, un truc comme ça. Donc on part tranquillement avec le reste de la ville au milieu de million de gens avec leurs petits casques

– S : Des petits casques ?

G : Ouai, ils ont tous des petits casques.

J : Les gens qui sont dans des bureaux, des immeubles, ont des règles de sécurité assez simple : si ça bouge, tu descends, tu mets ton casque.

G  : Les enfants c’est assez mignons, on les voit dans la cour d’école tous en groupe avec leurs petits casques.

J : Leurs petits casques de chantier.

– S : On leur dit où aller ?

J : C’est le même principe que les incendies, en cas d’alerte tremblent de terre, y a des « sid quest », une zone ou il y rien autour.

G : Où rien va te tomber sur la gueule, quoi.

J : Y’en a peu… déjà, c’est Tokyo, des immeubles il y en a juste partout. Mais il y en a, dont des zones de sécurité ou tu es « plus » en sécurité.

G : Notamment dans les cour d’écoles, généralement la cour d’école elle est pas entourée, complètement, de building. Y a quand même de l’espace. A priori il y a peu de chance que quelque chose leur tombe sur la gueule. Mais c’est vrai que là en commençant, en avançant, on commence quand même à voir des petites fissures… des échafaudages qui se sont écroulés.

J : Y a des petites fissures au raz des immeubles, entre le trottoir et l’immeuble. Ça a bougé. Ça s’est décalé, ça a bougé. Y’a… on a vu… allez, une conduite de flotte qui a explosé.

G : On a entendu la compagnie du gaz toutes sirènes hurlantes. Là on a un petit peu flippé quand même.

J : Et c’est vrai que à Tokyo même, y avait pas de dégâts dramatiques visuels.

G : On l’a su après quoi. Il y a eu des incendies, y a eu quinze morts je crois dans Tokyo. C’est pas comparable avec Sendai, ça n’a rien à voir mais, voilà, on était quand même sous…

J : Ce qui est impressionnant c’est que la ville, quand même, que toute la ville descend dans la rue.

– S : Vous êtes coincés au milieu de Tokyo ?

J : Ouai, au milieu des Tokyoïtes.

NDA : Nous passons commandes de deux fish-and-chips, un pavé de rumsteck, une purée, des tortillades de veau, du chorizo, des brochettes de canards. ça va être bien.

G : Donc voilà, on se retrouve…

– S : Touts seuls au milieu de Tokyo ?

G : Et ba non, pas tout seul malheureusement, on est au milieu de millions de Tokyoïtes qui rentraient chez eux sans vraiment savoir ce qu’ils allaient trouver. Et là, juste après avoir passé un pont où on faisait des blagues pas très intelligentes pour nous détendre…

– S : Des blagues de caca ?

G : Exactement !

– S : Vous étiez stressés !

G : Et pour se détendre on parlait du caca qu’on n’a pas fait.

J : Et qu’on va pas tarder.

G : Et en fait on tombe sur un très gentil monsieur. Suisse.

J : Comme un …

G : Nan, ça il faut pas le dire ! Il portait un très long trench en cuir…

J : Avec un fort accent Suisse-allemand ! Il était bien blond…

G : Avec un fort accent suisse… Donc, c’est vrai, ça nous a beaucoup fait rire après ! Il était charmant et lui nous a expliqué que c’était à l’extérieur, que c’était très, très fort, mais que c’était pas l’épicentre.

J : Il a commencé par nous dire : « Vous habitez au Japon ou vous êtes en vacances ? » « On est en vacances. » « Ce que vous avez vécu là, vous avez de la chance ! Ça fait 10 que j’habite au Japon, et même de mémoire de Tokyoïte ce n’est pas arrivé depuis 60 ans. »

– S : Nous n’allons peut être pas prendre de vin, sinon j’aurais jamais mon interview en entier.

G : Ouai, d’ailleurs on en parlera après, mais lui il était soûle ! (Georgia montre du doigt Jérôme) Oui, mais on va le faire par ordre chronologique. C’est mieux. Donc SuperNaziSuisse, nous explique ce qu’il se passe, parce que, gentiment, il voit que nous sommes un peu stressés. On fait pas trop les malins. Il a du nous entendre parler de caca…

– S : C’est à ça qu’il a su que vous étiez français ?

G : Oui Voilà. Et il s’est gentiment proposé, avec ses collègues japonais de nous raccompagner. On était loin, à cinq kilomètres, un truc comme ça, et il nous a accompagné sur le chemin. Avec ses collègues il nous propose de nous raccompagner au moins une partie du chemin, parce qu’il voyait bien qu’on était paumés.

– S: Vous étiez où là ?

G : On était à l’autre bout de la ville, tout simplement. Dans un autre quartier, à 5 kilomètres.

J : On va dire qu’on était à 1 heure, non, 1 heure et demi à pieds.

G : On était plus loin que ça !

J : On a fait 2 heures et quelques.

G : On a mis 2 heures et demi à pied, pour là ou on devait être à 18 heures. Le lieu de rendez-vous c’était à l’hôtel à 18 heures. Nous on partait pas mais c’était le lieu de rendez-vous de tout le monde. [..] Qu’on allait récupérer tout le monde. Moi j’ai commencé… En fait quand le SuisseNazi à dit « Plus loin il y a eu un Tsunami. C’est très très grave. » Là j’ai commencé à m’inquiéter, premièrement pour mon groupe. J’avais vingt personnes avec moi. Elles étaient à travers la ville je ne sais où…

J : Dispersés.

G : Dispersés dans la ville.

J : Aucun moyen de contact.

G : Parce que bien sur à ce moment là plus aucun portable ne passait. C’est aussi à ce moment là que j’ai commencé à recevoir des messages paniqués de mes amis en France. Parce que Jérôme et moi on avait parlé, avant de partir, d’aller dans la région de Sendaï notamment. Pour aller se balader dans la campagne japonaise, histoire de se détacher un peu des villes et de découvrir un peu autre chose là où il n’y aurait pas de touristes. Donc notre entourage n’était pas forcément au courant d’où on était à ce moment là. Donc j’ai commencé à recevoir des messages paniqués de ma famille disant : « Dis nous que tu es vivante ! Dis nous que tu es vivante ! » donc j’avais hâte de rentrer à l’hôtel pour trouver un téléphone, retrouver tout le monde… Voilà. On avance. Finalement les collègues du SuisseNazi nous accompagnent gentiment jusqu’à Shinagawa, le quartier de l’hôtel. Ça a été long. Ça a été franchement éprouvant le chemin, parce qu’il y avait l’angoisse.

J : Tout le monde dans les rues faisait comme nous. C’est à dire que Tokyo qui est une ville qui a peu de circulation, jamais d’embouteillage, une utilisation énorme des transports en communs, qui fonctionne très bien, d’un coup est coupée. Donc c’est embouteillages de folie, toutes les rues sont blindées, les rues sont blindées de piétons, de mobylettes, de voitures, de…

G : Eux qui attendent « toujours » que le feu soit vert pour traverser, jamais… c’est la seule fois où on les a vu traverser n’importe comment.

J : La seule fois qu’on les a vu faire n’importe quoi. À la limite c’était peut être le meilleur exemple de dire que c’était la panique là bas. Si tu les regarde, ouai, effectivement, ils sont assez stoïques. Ils trépignent pas, ils pleurent pas, y en a un ou deux qui le font, mais ce qu’il y a d’impressionnant, c’est que d’un coup, c’est le bordel.

G : L’anarchie !

J : C’est hallucinant. C’est jamais le bordel, et d’un coup, c’est absolument n’importe quoi. Tout le monde est dans la rue.

– S : Mais il y a des voitures partout ?

J : Des bagnoles partout, alors qu’on n’a pas vu d’embouteillages à Tokyo, même aux heures de pointes. Y’a jamais d’embouteillages à Tokyo, jamais. Et là d’un coup, les rues blindées, les gens sur les trottoirs, sur la route.

G : On finit par arriver. Deux heures et demi de marche. Le soleil commence presque à se coucher, il est 18 heures, là on a le bus, on arrive à l’hôtel. Donc je me dis « On est là, est ce qu’on va pouvoir retenir le bus ? Est ce qu’on va récupérer tout le monde ? » parce que je pensais encore à ce moment là qu’on allait partir. Je suis très naïve en fait.

J : À ce moment là on se disait encore que nous il nous restait cinq jours. Pouvoir rester, et cetera.

G : Ça a vite changé hein ! Rapidement on s’est dit, on se barre de ce pays à la con ! Donc on arrive à l’hôtel, je me souviendrais toujours, c’est un quartier où il y a beaucoup de touristes, d’étrangers. On arrive dans cette rue, putain ce qu’elle était longue cette rue ! Devant la gare de Shinagawa, on voit l’hôtel, en fait on est passé, y avait un passage, y avait un Macdo des trucs, et déjà là on regarde la queue qu’il avait au Macdo ! Y en a bien pour une heure et demi de queue au Macdo ! On se dit « Ha c’est bizarre, dis donc, ils se jettent sur la bouffe ! »

J : Pareil sur les sandwicheries, les supérettes, les machins, la queue de folie.

G : Les connexions ne se font pas naturellement en fait. On se dit pas, « tiens, faudrait peut être qu’on pense à faire des courses », parce qu’on se dit « tiens, on va prendre le bus, on va se barrer » ou au moins on va se faire barrer les gens, et on se démerdera pour bouffer. Donc on va jusqu’à l’hôtel. Là je commence à récupérer les gens [..], enroulés dans des couettes que l’hôtel avait prêté, devant lequel il y avait une queue effroyable aussi, pour les taxis. Donc je commence à récupérer les gens de mon groupe

J : Ce qu’il faut bien voir, c’est que, a peu près à mi-trajet avant d’arriver à l’hôtel, c’est à dire au bout d’une heure, une heure et demi de trajet, Georgia était déjà en mode « j’arrête de penser à moi, j’ai vingt personnes à récupérer et à faire rentrer en France, moi avec mes petits poings. Donc moi si tu veux, le reste, on s’en fout. » Donc manger boire dormir décanter condition (…) on s’en fout.

G : J’avais des clopes, c’est bon, je pouvais survivre.

J : L’objectif de Georgia c’était de retrouver les vingt personnes en une seule partie pour pouvoir rentrer.

G : Vivants, pas trop choqués, pour pouvoir les mettre dans ce putain d’avion. Au fur et à mesure on commence à récupérer les gens, y’en a qui commencent à se parler, ils sont choqués, ça va à peu près ils sont content de retrouver les gens, content de se parler, ils se disent « Holala dis donc, c’est le Japon qui nous offre un pot de départ ». Le bus arrive, il manque deux personnes, il manque M. et B. à trouver donc…

J : Il manquait peut être encore un poil de monde,

G : Je sais pas si il manquait ou pas L. et D. ? … enfin bref, il nous manquait que quelques personnes.

J : Au moins quatre.

G : A peu près. Donc on commence à charger le bus, on met leurs valises dans le (bus).

NDA : Pause dans l’interview pour manger, mais aussi pouvoir fumer…

– Skimy : Vous êtes arrivés à l’hôtel, le bus est là, il vous manque quatre personnes, mais vous commencez tout de même à remplir ce bus de vos affaires, dans l’idée de partir pour l’aéroport ?

Georgia : Heureusement y avait deux personnes du groupe qui avaient prolongés leur voyage également. G., un de mes collègues, maintenant ami, je crois qu’on peut le dire, qui lui parle Japonais, connaît très très bien le Japon. Je suis pas sûre qu’à ce moment là j’avais déjà réussit à l’avoir, m’enfin je me faisais pas excessivement de soucis pour lui parce que…

– S : Lui il manquait à l’appel ?

G : Mais c’était normal, c’était prévu. Il ne devait pas prendre l’avion ce soir là. On avait un autre participant qui lui non plus ne devait pas partir ce soir là, mais j’espérais qu’il arriverait quand même. Qu’il se dise que c’était suffisamment grave pour avoir envie de se barrer quoi. Moi j’avais très envie qu’il s’en aille en tout cas. Parce qu’au moins j’étais sûre qu’il partirait. Bref, on commence à bourrer le car, il y avait tout de même le fils d’une des salariés qui vivait au Japon, il n’y vit plus parce qu’il vient de rentrer, mais il y vivait à l’époque. Donc lui non plus ne devait pas prendre l’avion, mais il restait avec nous quand même, parce que de toute façon, il ne pouvait aller nulle part. Et lui il parlait Japonais du coup, donc il discute avec le chauffeur de bus « Alors qu’est ce qu’on fait, qu’est ce qu’il se passe ? On y va, on n’y va pas ? » Certains membre du groupe disent « Si on y va ! », d’autres « Comment ça on y va, il manque des gens, on ne part pas. » Et quelques minutes plus tard on apprend que l’aéroport est fermé. Et si on part en bus, et que l’autoroute aussi est fermée, on n’est pas sûrs de combien de temps on va mettre pour arriver. Et que une fois arrivés, on n’est même pas sûrs de pouvoir rentrer dans l’aéroport.

– S : Donc il y a des gens qui étaient prêts à partir en abandonnant les personnes manquantes ?

G : Une fois de plus à ce moment là, on pensait qu’il y avait un avion, on pensait pas que c’était si grave…

– S : Si c’était pas si grave pourquoi vouloir partir en en abandonnant…

G : Parce que c’était prévu ! Parce que c’était eux, c’était des parents, y a un couple notamment dont les grands parents s’occupaient des enfants et ils voulaient rentrer récupérer leurs mômes et c’était prévu ils devaient prendre cet avion. Ils disaient « Écoute oui, c’est un peu leur problème ». Bon moi j’ai râlé fort, je les ai fait descendre du bus : « on reste dans le hall de l’hôtel c’est là qu’on est le plus en sécurité, on a des toilettes, c’est chauffé, on peut s’acheter à boire, on est mieux que enfermés dans un bus sur une autoroute, ou sur des routes où on ne sait pas si on va s’en sortir. Donc on sort tous du bus, le chauffeur on lui dit: « Rentrez chez vous quoi, ça sert à rien » « Bin, c’est bien ce que je comptais faire. » On rentre dans le hall de l’hôtel et là le hall de l’hôtel était plein de gens assis par terre. C’est un hôtel un peu luxueux pour touristes. Tous les gens qui étaient dans le quartier, les gens qui devaient partir, un peu n’importe qui s’était installé là. Il y avait des enfants, des mères de familles avec leur bébé, il y avait des touristes, des japonais, tout le monde assis par terre dans ce grand hall de marbre.

J : L’hôtel à ce moment là, avait interdiction de faire monter des gens au delà du premier étage, c’est une règle de sécurité.

– S : Un hôtel de combien d’étage ?

J : Un hôtel de 39 étages.

– S : 39 ? ça fait combien de personnes dans un hôtel ça ?

G : Hooo un paquet !

J : Franchement…

G : C’est un énorme truc, il y avait d’autres immeubles.

J : C’est la tour principale de l’hôtel. Je sais pas combien de personnes peuvent…mais dans le hall d’accueil à ce moment là, il y avait les clients de l’hôtel, et il y avait aussi tous les gens qui étaient alentour et qui avaient besoin d’être quelque part pour avoir chaud et pour dormir et pour se tenir au courant. Parce que l’hôtel avait des grands écrans où on suivait l’info non-stop en direct.

G : En japonais bien entendu.

J : Là c’est assez impressionnant parce que tu avais la quasi totalité des gens qui étaient dans le hall qui étaient bloqués devant les écrans en train de se dire : « Mais j’ai de la famille à tel endroit, j’ai des amis à ce moment là, j’ai ceci, j’ai cela. »

– S : Et là y a le raz de marée qui est arrivé ?

G : On a commencé à voire des images, des images horribles d’apocalypse, là on se rend compte de ce qui se passait de où on était…

J : De l’ampleur du truc.

G : On savait pas.

– S : Il est quelle heure là ?

J : 19 heures… il est peut être 20 heures, maximum.

G : Il était encore possible de prendre l’avion. Par rapport aux horaires de l’avion, il est 19 heures, à peu près quoi. On s’installe, on se met dans un coin…

NDA : Nous trinquons à l’A380. Tchin tchin !

G : Voilà, donc je propose aux gens de s’installer dans le hall de l’hôtel tous au même endroit, de s’asseoir tous ensemble. D’essayer de choper des draps, des couvertures des machins, de s’installer. (…) Moi je me dis « Bon on va passer la nuit ici, demain ça ira mieux. La vie aura repris normalement, et on pourra repartir. » Comme si de rien n’était. De toute façon, un vol Air-France, si par catastrophe naturelle ton vol a été annulé, tu es automatiquement sur le prochain. De toute façon.

– S : Et les gens qui manquaient à ce moment là ?

G : Ba, deux étaient déjà arrivées. La personne qui devait pas repartir mais que j’espérais qu’elle reviendrait est revenue. Et il nous en manquait toujours deux.

– S : Et là, vous ne savez pas où ils sont ?

G : Non, là on sait pas… si en fait si…

J : On sait où ils passaient la journée.

G : Donc on a une idée de où ils pourraient être.

J : C’est pas très sympa, on préférait qu’ils soient ailleurs…

– S : C’est où ?

G : C’est Odaiba. Une île artificielle en fait.

J : Une île de Tokyo artificielle.

G : La veille, en fait, on avait traversé un immense pont qui s’appelle le Rainbow. Un immense pont au dessus de la baie. Qui traverse pour aller sur cette île, et donc complètement construite par l’homme. On n’a pas idée dans quel état est Odaiba. On n’a pas idée si les transports entre Odaiba et le reste de Tokyo sont encore actifs. On ne sait pas où ils sont. On essaye de les appeler, aucun moyen de les avoir. Moi depuis ce moment là, j’arrive à joindre la France par email, j’avais un Smartphone. Heureusement d’ailleurs, parce que du coup je tenais mon travail au courant « Voilà, voilà ce qui se passe… » Et du coup je me dis qu’on va déjà s’occuper des gens qui sont là. Je les installe tous au même endroit ce qui permet de garder les sacs, d’avoir un espace quand même correct, on était vingt quoi ! On était dix-sept. On s’installe entre les deux télés qui relaient les informations en Japonais, voilà. Là je me dis je vais peut être aller acheter à manger et à boire, on va jusqu’au supermarché, au Seven-Eleven du coin, on fait la queue, et là, il n’y a plus rien.

– S : Vous faites la queue pour rentrer dans le Seven-Eleven ?

G : Oui, voilà, c’est ça. Et, en fait, la seule chose qui restait, c’était de l’eau. Heureusement, on a acheté dix litres d’eau.

J : Alors, j’aimerais revenir la dessus, parce que c’est quand même super important, à ce moment là, quand tu rentres dans le Seven-Eleven, qui est une supérette de quartier, y a des mecs, à l’entrée, qui filtrent. C’est à dire qu’ils font rentrer les gens par pack de dix, parce que c’est un tout petit truc, et que si tout le monde se rue dedans et que c’est absolument n’importe quoi… Là tu vois le Japan Style, c’est à dire que, d’un coup, ça devient organisé. Le mec fait rentrer les gens par pack de dix, dans son magasin. Au début, tous le monde se rue, achète des gâteaux, des nouilles lyophilisés, des machins, des trucs, tout ce qu’on peut bouffer, ils achètent. Très rapidement, tu vois, il est vingt et une heures, ça fait une heure et demi qu’on est arrivé : plus rien. Il restait, c’est pas compliqué, des magazines pornos, deux yaourts, de la bière et du whisky. Et une salade de fruits. Et du whisky et de  l’alcool. Et c’est impressionnant, parce que à partir du moment où il n’y avait plus rien à bouffer, plus personne n’allait au Seven-Eleven. C’était vide, c’est d’ailleurs à ce moment là que j’ai acheté, moi, ma petite bouteille de Sky. Que j’ai trimballé jusqu’au départ du Japon. Et à partir de là, j’étais bourré !

G : C’est une information importante !

J : Pour le coup un truc vraiment impressionnant, le Mac Do a fermé. Le Mac Do de l’hôtel a carrément fermé, plus rien. Plus rien. Donc plus de Mac Do. Donc quand on est arrivé à l’hôtel il était dix huit heures … trente, 19 heures, il y avait une queue monstrueuse et une heure après, le Mac Do fermé. Plus rien à bouffer. Et tout, autour, était comme ça. Plus un sandwich qui traîne, plus de bouffe nulle part. Parce que tous les gens étaient concentrés dans ce quartier qui est déjà une plate forme importante de… de… du réseau de transport. [..] Les hommes d’affaires qui viennent à Tokyo c’est dans ce quartier là qu’ils vont. C’est Shinagawa. Et donc il y avait énormément de monde réuni à cet endroit là.

G : En plus tous les gens qui travaillent dans ce quartier pouvaient pas rentrer chez eux. Donc du coup il y avait plein de Japonais qui ont l’habitude des tremblements de terre, contrairement à nous, qui ont le bon réflexe tout de suite.

– S : Ouai, donc là, vous étiez dix sept français coincés dans un hôtel, un hall d’hôtel, coincés avec des centaines d’autres Japonais, vous n’aviez pas de douches ?

J et G : Non, mais de l’eau.

– S : Vous aviez déjà rendu vos clefs d’hôtel, donc vous êtes plus ou moins à la rue ?

J : On était à la rue !

– S : Et vous ne pouviez pas téléphoner parce que les réseaux étaient saturés ?

J : On était à la rue, et en plus on était plus client de l’hôtel ! Donc il n’y avait pas de pitié (???) pour nous, rien à foutre ! C’est déjà bien pour vous, vous êtes là, mais vous êtes pas clients, donc peu importe, quoi !

 – S : Et toi Georgia, toujours, tu infuses dans l’attente des deux derniers qui manquent ?

G : Absolument. Il me manque toujours deux personnes, on commence quand même à s’organiser. Voilà, de l’eau, alors Jérôme est très bon pour ramener. A chaque fois il partait, disparaissait dans cet immense hall, parce que c’est vrai qu’on avait tous aussi besoin d’aller voire l’ampleur des choses aussi quoi. Et Jérôme partait, il revenait dix minutes après et il avait trouvé quelque chose. Que se soit de la bouffe, que se soit des trucs pour se réchauffer, on l’a surnommé Huggy-les-bons-tuyaux.

J : C’est moche mais j’ai énormément volé. Voilà. Y avait une couverture sans personne dedans : hop ! ; un oreiller sans personne dessus ; il avait une bouteille d’eau pas ouverte utilisable ? Hop Et c’était (…) Mais en même temps tout le monde faisait ça, et puis voilà quoi, concrètement y’ a un moment donné les gens de l’hôtel nous l’ont fait comprendre : vous avez un toit vous êtes pas mort, mais après démerdez-vous !

G : Toute les couvertures, les draps on été pris, ils sont quand même allez cherchez des draps en réserve, pour au moins les poser par terre pour les mettre sous nous, parce qu’il faisait super froid quand même. Dans ce grand hall, pas loin des grandes portes, il fait froid hein !

J : A même le sol, l’hiver.

G : La nuit. La journée ça allait, mais la nuit putain ce qu’il fait froid.

J : Merci le whisky !

G : Et merci les toilettes chauffantes !

J : Où j’y ai dormi…

G : Moi j’y suis allée dormir une petite demi-heure sur les toilettes chauffantes. Ce qu’on à tous fait je crois. Aller faire pipi, mais se réchauffer aussi. Voilà… Donc moi j »essaye de dire aux gens : dormez ! Reposez vous, demain on a une grosse journée, pour l’instant je continue à joindre la France, pour voir comment on va s’organiser. Ils arrivaient pas à se joindre. [..] Chaque opérateurs Français a une agence de référence dans le pays. Donc au Japon c’était une agence Japonaise qui avait organisé le transport, tout ça quoi. Ils arrivaient pas à nous joindre ! Puisqu’il n’y avait pas de ligne de téléphone qui passait, ils m’ont donné son mail quand même à cette brave dame, j’ai commencé à échanger avec la dame qui était au Japon et qui était dans la même merde que nous hein… Nos deux derniers finissent par arriver complètement choqués…

J : Nan, c’était magnifique !

G : On était… ba en fait ça a vraiment créé un esprit de groupe. Parce que ils sont arrivés on était tous en larmes.

J : On s’est tous jeter sur eux, on s’est tous pris dans les bras, mais on se connaissait pas quoi, moi je les connaissais très très peu, déjà un voyage… et tout le monde d’un coup, enfin on les a vu arriver, franchement c’était l’évènement positif de la nuit quoi !

G : Voilà, c’était le petit moment d’espoir, bon là on est tous ensemble.

J : Ils étaient à moitié en train de chialer, enfin d’un coup on les avait récupéré. Du coup ça allait un poil mieux.

G : Voilà, comparé au chaos qui nous entourait.

J : C’est bizarre comme sensation parce que c’est des gens que tu connais pas, et pendant deux heures, putain mais tu t’es vraiment inquiété pour eux ! Merde. Moi c’est l’effet que ça m’a fait, je te laisse même pas imaginer… parce que pendant que tout le monde dormait par intermittence par terre sur le carrelage, parce que c’était vraiment ça, moi j’ai passé une demi-heure par ici, par là, je suis partis me balader deux heures…. mais véritablement tu dors par terre tu sais pas ce qui va t’arriver, t’as pas à bouffer t’as pas à boire, machin, tu fouette un peu, mais nous on a encore la chance de pioncer, entre guillemet, une demi-heure par ci une demi-heure par là. Et Georgia elle a pas dormis. C’est à dire que du coup à l’hôtel jusqu’à ce qu’on embarque, c’est la seule qui n’a pas pioncé.

G : Pendant que tout le monde ou presque dormait, vers trois heures du matin, y a avait quand même des touristes, c’est à dire que entre étrangers, on s’échangeait des informations : « Vous savez quoi ? Qu’est ce que vous savez vous ? Qu’est ce que vous avez pu comprendre ce que vous avez pu entendre ? »

– S : Les infos que vous avez c’est les télés qui les crachent et en Japonais ?

G : Voilà, et personne ne t’explique ce qui se passe hein ! Pas le temps, il se passe des choses graves, on s’en fout quoi ! Et ouai, c’est ça, vers trois heures du mat, moi j’entends parler de la centrale nucléaire. Et euh….. j’ai eu…. je pense que je suis devenue toute pâle à ce moment là parce que j’ai vraiment sentie le sang sortir de mon visage. Tu sais, le moment ou tu hou ! Tout qui descend quoi. Et voilà, on savait pas ce qui se passait. À ce moment là j’ai entendu dire ça, y avait H. qui était dans mon groupe qui a entendu ça avec moi, là on se dit « hou, ça sent très très mauvais, on va essayer d’appeler l’ambassade ». On tombe à l’ambassade sur un mec qui répond au téléphone hein, mais c’est pas un diplomate, le mec qui répond au téléphone, il est terrifié. Il me donne le numéro du Quai d’Orsay [..]. Pendant ce temps il faut savoir qu’à Paris, un de mes employeurs s’est occupé d’être mon relais, d’être mon interlocuteur, j’avais vraiment des échanges avec lui et pas avec quinze milles personnes qui me posaient des questions en même temps. Enfin j’en avais quatre, quand même, des interlocuteurs, mais bon, mais pour le travail c’était lui. Et lui il avait contacté, il avait eu l’intelligence de contacter le Quai d’Orsay pour leur dire « Voilà voilà voilà, telle personne, telle personne, telle personne, telle personne, ils sont là, ils sont à tel endroit », voilà, pour dire qu’on est vivants et on sait où ils sont. Et là, j’appelle le Quai d’Orsay et je tombe sur un répondeur. Je laisse un message, je pense paniqué. Je me souviens pas bien de ce que j’ai dit parce que j’étais très fatiguée notamment, et donc je leur laisse mon numéro de téléphone et voilà, je leur dis : « Faites quelque chose ! ». Bin voilà, j’ai pas de réponse, on verra plus tard quoi. Là j’ai appris pour la centrale, je me dis, il faut qu’on rentre. Et il faut qu’on rentre maintenant ! Dés la première heure, il faut qu’on puisse prendre le premier avion.

– S : Là il est trois heures du matin ?

G : Ouai, là il est trois heures du matin, en France c’est encore le jour, donc ça va, y a encore des gens qui répondent à mes questions, il est huit heures de moins, donc il est dix-neuf heures en France.

– S : Il doit être dix neuf heures, tu appelles de l’étranger et tu tombes sur un répondeur ?

G : Peut être qu’ils étaient occupés à ce moment là. J’en sais rien.

– S : Saturé probablement par les appels ?

G : Peut être, c’est ce que j’ai pensé à ce moment là. Je me suis dis, c’est pas grave je vais rappeler plus tard. Je continue d’avoir des échange avec le TO, je lui explique que là, va falloir faire quelque chose. Va falloir qu’on rentre. « Alors oui, tu prends contact avec la nana, de l’agence à Tokyo et on va se débrouiller, nous à Paris pour vous avoir le premier vol pour être sûr que vous montez tous » parce que donc, Jérôme et moi on avait pas de billet d’avion. Nous on pouvait pas repartir.

– S : Vous étiez trois à devoir repartir cinq jours plus tard ?

G : Non, l’autre c’était le lendemain, il devait repartir le dimanche. Nous on devait repartir le jeudi, donc beaucoup plus tard. Il me dit : « Bon, moi je me débrouille de mon côté pour ça, vous vous occupez pour savoir si l’aéroport est ouvert. » parce que on en savait rien ; « ensuite d’y arriver. Et puis moi je vais vous laisser parce que c’est la nuit. Voilà, c’est le soir, ma journée est fini, je ne peux plus rien faire ici, on se retrouve demain matin pour nous. » Donc, le jour se lève, on ne peut pas dire le matin arrive, parce que on a pas beaucoup dormi, pas vraiment dormi. (..) On finit par prendre un petit dèj, à l’hôtel : vingt euros le petit dèj il nous on fait payer ! Bon, on l’a pris hein, parce que c’était chaud, c’était le premier repas vraiment chaud qu’on pouvait faire.

J : Une tablée de zombis français qui venaient de passer une nuit en pointillé sur du carrelage, qui là se disent : « chouette, ils ouvrent la cantine pour le petit dèj, ça fait plaisir ! » Et à l’entrée, ils t’annoncent que : « Ouai, ouai, c’est vingt euros ».

G : Bin tu payes hein !

J : Là tu payes, tu te pose pas la question.

G : Donc voilà, c’est le matin, je commence à me dire que mon gros problème c’est que je n’ai plus d’interlocuteur en France, je vais avoir dans une heure, une fois qu’ils auront mangé, et qu’ils se seront un peu réveillé, ils vont commencer à me poser des questions : « Et comment on fait ? Comment on rentre ? Parce que c’était beau, l’aventure, on a bien rigolé, comment on rentre ? ». Là je commence à flipper un peu, le temps passe, je finis par recontacter la nana de l’agence à Tokyo, parce qu’elle était pas arrivée, enfin, elle avait pas repris le boulot quoi. Donc je commence à discuter avec elle, elle me dit : « oui, prenez le train, il va y avoir des trains, ça y est le trafic va reprendre… » « Vous êtes sûre ? » parce que les informations étaient pas les mêmes : quand on demandait à l’accueil « Non, non, il n’y a pas de train. – Si finalement il y aura [cette ligne de train] qui va marcher  » enfin, c’était vraiment chaotique. Vers, je sais pas, il devait être …huit, neuf heures, les gens commencent à franchement craquer dans le groupe, et ils me disent : « On s’en fout, on va à la gare, on va prendre un train. » « Si y en a pas des trains, ça sert à rien ! », il y en a deux qui partent en reconnaissance, ils reviennent en disant que « si, si, il va y avoir des trains ! » Donc, on décide tous de partir. Moi je me suis dit qu’on allait tous aller à la gare, il vont voir qu’il n’y a pas de train, on va revenir et je trouverais une autre solution…

– S : Vous êtes vingt, avec les valises, à pieds ?

G : Oui, mais la gare est juste à côté. On arrive à la gare, pareil, c’est toujours la cohue ! Des millions de gens dans les rue, c’était n’importe quoi. Dans la gare, les gens faisaient la queue pour des trains qui ne venaient pas. C’est à dire qu’il n’y avait aucun train qui circulait, les gens faisaient la queue.

J : Il est neuf heures maximum, il y a une partie du groupe qui s’est dit : « on va prendre les choses en mains, il faut qu’il se passe quelque chose, il faut que ça bouge, il faut qu’on y aille quoi. Georgia, elle, elle est en train d’essayer de rentrer en contact avec la France, d’entrer en contact avec le tour opérateur sur place, plus dans l’optique de se dire : « attendons de savoir ce qu’il va se passer avant de bouger ! ». Mais qu’est-ce que tu peux faire contre cinq, six personnes qui disent : « Non, non, non, on y va, on est prêt, on part, on sait qu’il y a des trains, on y va ! » ? Donc on y va. Et principalement dans l’espoir de rester tous ensemble, plus que dans l’espoir d’atteindre l’aéroport, parce qu’il y en avait aucun, concrètement !

G : Moi j’y croyais pas en tout cas !

J : Moi à ce moment là, je dormais. Enfin, j’étais debout, avec ma valise, mais je dormais. Donc, moi on me disait  « toi tu vas là bas », je suivais. Et on était nombreux à ne pas être réveillé. Tu viens de passer une nuit surréaliste avec des infos super impressionnantes, assez traumatisantes, à dormir  un bout par ci, un bout par là, quand ton groupe te dit « on bouge ».

G : Avec le sol qui tremble, toute la nuit.

J : Avec les répliques qui continuent à arriver régulièrement.

G : Ce sont vingt ou trente répliques qui sont arrivées pendant la nuit.

J : Il y a eu trente deux répliques pendant la nuit.

G : En plus avec le sol qui continue de bouger, c’est … en fait je crois qu’on ne peut même pas le raconter.

J : Parce que tu es debout, et tu te dis : « ça rebouge ! » donc tout va se péter la gueule ! Ou alors tu dis « Non, ça rebouge pas, c’est moi qui ai les genoux qui… » Ou alors « Non, c’est pas mes genoux, ça bouge pas, mais c’est le métro. » Enfin, tu sais plus. Ça bouge tout le temps. En permanence ça tremble, sans arrêt. Et dans ce contexte là, avec une équipe de gens qui sont pas réveillés, il suffit qu’il y ai une ou deux personnes qui sont un peu plus grande gueule que les autres qui disent : « Si, si on y va, on fait comme ça », et tout le monde suit, tout le monde bouge. Sauf que tout le monde bouge, mais en l’occurrence pour rien ! On se retrouve dans une gare, où ne serait-ce que pour se déplacer, tu te retrouve confronté à un million de personnes. Mais véritablement, les grèves à Paris, c’est juste pour rigoler ! On se retrouve dans la gare avec des trains qui ne partent nulle part ; parce qu’il n’y a pas de train ; quand enfin il y a un train qui part, tout le monde se rue dedans ! On ne sait vraiment pas où on va pouvoir aller, comment, dans quelle mesure, etc… Avec les valises, vingt personnes…

G : Enfin, voilà, il faut imaginer quoi, les mecs ça fait autant de temps que nous qu’ils sont entrain d’attendre, vient un train, il y a dix sept planeurs avec des grosses valises qui vont prendre plein de place : donc, non, ils ne nous laissent pas rentrer quoi ! Et ils ont raison ! Eux vont au travail. Ou ailleurs, on en sait rien, mais bref, leur vie elle est là ! Et malheureusement il y a un premier train qui arrive, les portes s’ouvrent. Moi je m’aperçois qu’on rentrera pas tous !

J : C’est là qu’on se réveille. C’est à ce moment là qu’on se réveille. Toi t’as commencé à dire : « Non, mais attendez, je suis vraiment pas sûre que ce soit une bonne idée », c’est à ce moment là ou j’ai commencé à dire : « effectivement c’est pas une bonne idée, et la priorité c’est qu’on reste ensemble ! »

– S : Vous êtes venu ensemble, vous partez ensemble.

J : Exactement. Très simple, on reste tous ensemble.

G : T’as pas de téléphone, tu parles pas la langue, t’es avec une grosse valise et tu te retrouve dans une ville qui est en train de vivre une des plus grosses catastrophe de son histoire. Qu’est ce que tu fais ? En groupe, on a le pouvoir de pouvoir le dire : « on est un groupe » déjà d’une, « on se soutient » et ça vaut de l’or à ce moment là !

J : C’est clair, on s’est nourri de ça.

G : Oui, exactement, on était ensemble, et putain ce que c’était bon ! Parce que on en a vu des étrangers, je me souviendrais toujours : il y avait deux Ricaines qui n’étaient pas du tout venues ensemble mais qui étaient dans le même hôtel, [..] qui voyageaient seules, elles se sont séparées peut être une heure et demi, quand elle se sont retrouvées, elle sont tombées dans les bras l’une de l’autre en larmes.

– S : Leur seule attache ?

G : Le seul truc qui bouge pas quoi. Donc les portes s’ouvrent et là, on a deux zombies du groupe qui montent dans le train. Tout le groupe leur dit : « Descendez ! Descendez ! » Mais ils sont ailleurs, c’est des zombies.

J : Moi je… à chacun son interprétation à ce moment là, on à tous, l’intégralité du groupe a commencé à dire : « Non, on ne sépare pas, non, ne partez pas ! » C’est dommage parce qu’on s’est vraiment réveillé au dernier moment, quand le train est arrivé et qu’on s’est aperçu que de toute façon ce n’était pas possible : vingt personnes avec tous leurs grosses valises remplies de souvenirs de fringues, de machins, on rentre pas ! C’est pas possible ! Pas tous en même temps. Et à ce moment là on a commencé à dire, pas assez vite, peut être, mais on a commencé à dire : « Non, non, on reste ensemble, tant pis, on le prend pas, c’est pas possible, pas tous en même temps. » Et il y a deux personnes, un couple, qui sont rentrées dans le train. Selon certains c’est peut être parce qu’ils nous ont pas entendu, mais moi je suis persuadé qu’ils nous ont très très bien entendu, mais que : « Rien à foutre ! On se barre, on va à l’aéroport, on rentre en France. Avec qui que se soit, on rentre en France. Nous au moins, on y va. » À mon avis, connaissant le J., c’est ce qu’il s’est passé dans sa tête.

G : C’est pas impossible.

J : Voilà. Mais, peu importe, le dernier truc qu’on a échangé avec ces gens là, c’est : « On se retrouve à l’aéroport ». Donc là, on a perdu deux personnes déjà tu vois. Georgia elle a perdu deux personnes. On ne peut pas les joindre, ce n’est pas possible, ça marche pas.

G : Maintenant, il me reste plus qu’une chose à faire c’est : une fois qu’on est arrivé à l’aéroport, parce que je n’ai pas le temps de m’en occuper maintenant, mais une fois que j’arrive à l’aéroport, j’appelle l’ambassade : « On a deux disparus ! » Qu’ils me la récupèrent. J’avais plus rien d’autre à faire. Et donc là, les gens commence à s’inquiéter à mort.

J : Ça [nous] a cassé.

G : Là vraiment il y a eu un…

J : C’est à un moment ou il y a eu d’un coup, un mouvement de groupe, justement où, allez, on y va. On prend tous nos décisions ensemble, on bouge. Il se passe quelque chose. À partir du moment ou il se passe quelque chose, tu arrive à mettre de coté le fait que se soit la super merde. Il se passe quelque chose, on se dit, on va aller d’un point A à un point B, c’est déjà une étape. Tu réfléchis plus à autre chose que d’aller au point A [puis] au point B. (..) Vraiment, moi j’ai vécu ça, c’est marrant parce que j’ai vécu ça vraiment de l’extérieur, j’étais ni parmi le groupe des employés de la boîte, ni responsable de quoi que se soit, parce que rien à foutre… J’étais genre, bras droit – homme de l’ombre de Georgia. J’étais à côté de Georgia. J’étais avec Georgia. J’essayais de lui dire : « écoute, voilà, tiens le coup, on y va » Mais en même temps, je pouvais rien faire ! Je pouvais pas dire au gens : « Hé, ho ! », et puis c’est pas mon job, je les connais pas, c’est pas mes potes. Et à ce moment là, dans la gare, ou il s’est passé un truc assez impressionnant, et… J’aimerais bien qu’elle raconte !

G : Mais je me souviens pas !

J : Parce que Georgia, encore une fois, elle peut pas le dire elle, parce qu’elle l’a pas vu, mais moi je l’ai vu, et c’est un truc de ouf, à un moment donné, et ça, ça datait déjà de la veille 17 heures, elle est passée en mode : j’arrête de manger – j’arrête de dormir – j’arrête de boire, et c’est ce qui s’est passé concrètement ; parce que le plus important : c’est pas moi. C’est vingt et une personnes française qui doivent rentrer chez elles.

G : Et terrifiées.

J : Ouai, et qui sont terrifiées, donc là tu leur dis : « pour rentrer en France il faut que tu donnes un poumon ! » et bien ils te le donnent. Et ça franchement c’est flippant. Et à ce moment là du voyage, on est tous dans la merde, plus ou moins désespérés en disant : « mais qu’est ce qu’on va faire ? », on est sur un quai, y a pas de train ! Voilà. Et ne serait-ce que pour retourner dans la gare, il faut faire une queue de je sais pas : une demie heure ?

G : Haha, c’était horrible.

J : Pour monter dans l’escalateur, arriver dans la gare, tu ne peux pas te déplacer, et là on est vingt, avec une, voire deux valises. A ce moment là du voyage, il est 9 heures au Japon, les agences de voyage ouvrent, le tour opérateur ouvre, la nénette du tour opérateur que Georgia a en contact devient joignable, elle est pas encore arrivée au travail, elle est donc sur le chemin du travail, et elle s’en rend bien compte, il n’y a pas de métro elle est à pieds, y a pas de bus pas de taxi, y a rien, à ce moment là de l’aventure, Georgia elle passe en mode de : Si tu me cherche, c’est moi qui te trouve ! Concrètement.(rire de Georgia) Non, mais concrètement ! C’est à dire que à un moment donné elle était là en disant : « Alors s’il vous plaît, rappelez moi, merci » : pas de rappel. «  Oui, alors comprenez bien qu’on est dans le caca, Ok ? Rappelez moi ! Ok ! » : pas de rappel. La troisième fois, Georgia elle prend le téléphone : « Moi je vous préviens…on est vingt », moi j’étais en face d’elle, et tout ça en anglais. Elle s’est fait applaudir après [..] « Je vous paye pour faire un truc, c’est simple, vous le faites ! Là vous le faites pas !!! Donc là je vais m’énerver, donc dés que vous l’aurez fait, on sera d’accord, on sera copain. Ce que je vous demande c’est : vous avez vingt personnes à prendre en charge, c’est pas…c’est pas une exigence que j’ai, c’est comme ça, vous êtes payés pour ! Vous avez vingt personnes françaises à rapatrier en France. Il faut trouver un moyen de transport pour aller à l’aéroport. Vous avez un avion à trouver pour vingt personnes. Point. C’est tout ce que je demande. »

G : Elle essayait de me couper en disant : « Mais prenez le train ! Prenez le train ! »

J : Alors là Georgia elle leur dit : « Alors je vous explique, moi je suis à la gare de Shinagawa, déjà, vous vous êtes en train d’aller à pied à votre travail parce qu’il n’y a pas de train, et vous êtes en train de me dire que moi avec mes vingt personnes je prennes le train ?! [..] Donc on avait un bus pour partir de l’hôtel, le bus n’a pas pu nous prendre parce qu’il n’y avait pas d’autoroute, pas d’aéroport, c’est normal. Votre contrat c’est de nous trouver un bus pour vingt personnes pour aller à l’aéroport, vous me le trouvez. Je vous rappelle dans 20 minutes, si j’ai pas le bus, je vous… Je vous rappelle dans 20 minutes ! » Voilà. Et là, à partir de là, il a fallu, et si Georgia l’avait pas fait, parce que nous on aurait pu appeler tout ce qu’on voulait, mais si Georgia l’avait pas fait, concrètement, je (ne) suis pas persuadé que le soir même on était à l’aéroport. 20 minutes après, pas de rappel ! Donc pas de rappel…Tout le monde regarde Georgia l’air de dire…

– S : Inquiets ?

J : Oui, mais franchement l’air rassuré parce qu’il y a quelqu’un qui nous tient tous, et qui s’occupe de nous. Et véritablement c’est ça, les gens étaient super stressés, super fatigués, super anxieux, voir énervés, voir : « Mais vas y, démerdez vous, moi et mes potes on se casse de notre côté. Cassez vous, j’en ai rien à foutre ! » On en était là quoi. On leur disait  « On se regroupe ! On se met là à part, à attendre de savoir ce qui se passe. » Y a des gens qui restaient devant à attendre que le train s’arrête ! Alors qu’on leurs disait : « Ça suffit ! On ramène les bagages, on se met tous ensemble. »

G : Après le premier coup de téléphone, c’est fini, ils m’ont obéi.

J : Donc là quand ils ont entendu la petite nénette qui gère tout le groupe foutre une branlée au téléphone à la gonzesse du tour opérateur qui voulait pas comprendre que : « Oui, oui ! Nous aussi on est dans la merde ! Sauf que vous vous êtes dans votre pays et que là vous galérez pour aller au travail, et moi je galère pour rentrer chez moi, en avion, 20 heures de vol ! » 20 minutes après pas de rappel, donc là Georgia elle se lève, elle nous regarde tous : « Pas de rappel ? Je rappelle ! » A ce moment elle rappelle, la nénette lui dit : « Je fais ce que je peux, je fais avec ce que j’ai. » « Non, non, non, vous faites pas ce que vous pouvez ! Là on rentre à l’hôtel, quand on y retourne il y a un bus qui nous attends et qui nous emmène à l’aéroport ! » Et c’est …

G : Je m’en souviens pas.

J : Elle s’en rappelle pas, j’en ai parlé 20 minutes après, elle se rappelle pas qu’elle était comme ça. Et tout ça en anglais.

G : Je me rappelle, je me rappelle un petit peu mais heu… je me souviens pas du détail de ce que j’ai dit.

J : Ha ba moi ça m’a bien marqué.

G : Je n’avait pas dormis de la nuit.

J : Mais c’était vraiment comme ça : « Ne cherchez pas, y a pas de discussion ! On vous a payé ! Non, non, non, qu’est ce que vous voulez ! Y a un contrat, on vous a payé ; votre mission c’est de vous trouver un bus, pour emmener vingt personnes à l’aéroport, vous le faites ! » On est retourné à l’hôtel,

G : Je l’ai rappelé.

J : Une heure après, on a appelé Georgia pour nous dire : « Le bus arrive. » Alors je te raconte pas, vingt personnes, françaises de surcroît, qui n’ont pas forcément l’habitude d’être patients, qui attendent le bus ultime qui va les ramener chez eux, quand on nous annonce que le bus arrive : Ha c’est génial ! C’est champagne ! Ha faut faire un câlin, c’est exceptionnel, on va tous rentrer chez nous.

G : Là on était tous les meilleurs amis du monde.

J : Les meilleurs amis du monde, on se prête les affaires, tu veux une brosse à ongles ? Un slip? Un sandwich ? Y’a pas de problème. Et heureusement, parce que à deux, là bas…. on s’en serait sorti, c’est pas la question, mais je pense qu’on aurait péter une case beaucoup plus vite.

G : En fait ce qui m’a fait moi réagir, c’est quand J. et sa femme sont partis et tu vois je me suis dit : « Ça, ça va créer un mouvement de panique. » Là les gens vont commencer à se dire : « Ok, chacun pour sa gueule les gars. » Bon, contrairement à ce que je pensais, ça n’a pas été le cas puisque ….

J : Non, mais véritablement, c’est pas pour te jeter des fleurs gratuites, etc,  mais c’est aussi parce que à un moment donné, juste t’as pris les gens en main. Jusqu’à là, comme tout le monde, t’étais la gueule dans le cul, comme moi, [..] et les gens commençaient vraiment à se disperser. « Ha bon, c’est chacun pour sa peau ? » Et au moment ou tu as dis : « Non, non, non » [claquement de doigt], et tout le monde a entendu que tu appelais pour sauver tout, y a des gens qui ont posé la valise et se sont dit : « Tu reste à côté de Georgia, parce que c’est Georgia le contact, et que se serait complètement con de faire autre chose. »

G : Donc y a finalement un bus qui arrive avec mon nom écrit en gros dessus. La classe !

– S : Georgia ?

G : Ouai, j’ai une photo quelque part. Je pourrais te la donner si tu veux. On monte dans le bus, on était super content de dire au revoir au Shinagawa Prince Hôtel. [..] Le chauffeur nous dit : « Je sais pas combien de temps ça va prendre, y a pas d’autoroute. ».

– S :  Tokyo est toujours bloqué, toujours pas d’autoroute et l’aéroport est à l’extérieur de la ville ?

G : Oui, c’est pas tout près hein…

J : Il est à 120 km ?

G : Non, il est pas si loin que ça, nous on a fait 160 km pour arriver là bas, parce qu’il n’y a avait pas d’autoroute, donc il à fallut zigzaguer dans la ville, avec tous les Tokyoïtes, mais il doit y avoir une soixantaine de kilomètre, pas plus.

– S : Et vous, vous en avez fait 160 ?

J : On a fait 160 bornes en 6 heures.

G : Voilà. Moi j’ai dormi à ce moment là.

J : Enfin, je dirais. On est monté dans le bus, tout le monde était dans le bus.

G : J’arrivais même plus à vous compter ! « Allez, comptez vous ! »

J : Le bus est parti, y avait largement deux places par personnes, tu vois. Le bus est parti, Georgia s’est endormi. Mais en même temps elle venait de se taper 24 heures sans pioncer.

G : Et puis je savais très bien qu’on allait arriver à l’aéroport. J’attendais une autre épreuve.

NDA : Commande de 5 cafés, desserts… Et un, deux, trois mojitos avec les cafés.

G : Donc, voilà, on est en bus, on met beaucoup trop longtemps à arriver, lui là, il craquait, il en pouvait plus.

J : Je m’étais volontairement isolé au fond du bus, mais j’étais insupportable à ce moment là. J’étais debout, au fond du bus, ça faisait 5 heures que je n’arrivais pas à dormir, que je n’avais plus de batterie sur mon téléphone pour jouer à des jeux vidéos, écouter de la musique. Que j’avais pas de bouquins, parce qu’ils étaient dans ma valise en soute, et je n’avais : rien. Avec mes chaussures qui puent !

G : Haha ! Tu m’étonne !

J : Et moi même qui pue.

G : Qu’est qu’on sentait mauvais !

J : Pendant 3 heures, au fond du bus, à craquer littéralement. Moi, j’étais assis sur le haut de mon siège comme ça : (balancement d’avant en arrière). En longeant l’autoroute vide.

G : Ha oui, l’autoroute était vide à notre droite, et on faisait du sur place. Je sais pas… à un moment je me suis réveillée, je sais pas combien de temps on est resté sans bouger !

J : À un moment je voulais sortir ! Sortir par la fenêtre quoi ! Et marcher, jusqu’à l’aéroport, si tu veux. C’était hallucinant ! 100 bornes en 6 heures !

G : C’était horrible, et pendant ce temps là, au fur et à mesure, les gens  commençaient à apprendre ce qui se passait réellement, moi j’avais décidé de pas en parler. Et ceux qui savaient je leurs disais: « Vous fermez vos gueules ! »

– S : Oui, parce que, il y avait plein de gens qui n’étaient pas au courant pour la centrale !?

G : Il y avait des gens qui savaient pas, et heureusement ! De toute façon, on a vu des images toute la nuit. Dés que t’ouvrais les yeux, je me souviens de cet énorme tourbillon, c’était épouvantable.

J : Hallucinant.

G : Les images qu’il y avait, c’était épouvantable, donc on était certain à savoir, à un moment Philippe il avait le journal, il lit dans le journal, il voit qu’il y a un problème avec la centrale nucléaire… je lui fait : « Tu te tais ! »

– S : Dans un journal ?

G : Ouai, en anglais, il me semble, ou en Japonais, je sais plus. Il commençait déjà à dire : « Holala, dis donc, peut être qu’il y a la central nucléaire qui fuit ! » Et donc voilà, moi j’ai mon mari au téléphone, la deuxième fois, la seule personne que j’ai réussis à joindre au téléphone, à part la nana de l’agence, la seule personne que j’ai réussit à avoir en France, c’est mon mari. Une première fois le soir, pour lui dire que j’étais vivante, et une deuxième fois dans le bus, ou là il commençait à me dire : « Dis donc, t’as entendu parlé de la centrale ? » « Ouai, ouai… » Je pouvais pas en parler ! J’étais entouré, il y avait des gens qui étaient vraiment au bord, à la limite du craquage, et je pense que ça, ça aurait été de trop. Et donc on était dans ce bus qui n’avançait pas. J’ai fini par me réveiller, ça n’avançait pas. Je savais qu’il y avait une centrale nucléaire, je sais pas où, qui fait je sais pas quoi, ça continuait de trembler toute la nuit, pourquoi est ce que ça ne re-tremblerais pas ? D’ailleurs, jusqu’à maintenant, le japon est secoué depuis deux mois, donc il y aurait très bien pu y avoir un nouveau tremblement de terre ! Et j’imaginais un tremblement de terre dans un bus, coincé au milieu d’une route et il y avait, je me souviens, et je me souviendrais toute ma vie de ce putain de camion citerne qui était juste à côté et je me disais : « Si il se passe quelque chose et le camion citerne pète, on est mort ! »

– S : Donc en fait tu as commencé à avoir peur de tout et n’importe quoi ?

G : Oui !

J : Exactement ça ! Le moindre truc commence à devenir stressant, commence à devenir lourd, fatiguant et… et…

G : Et ça fait quatre heures que t’es dans un bus qui n’avance pas ! Tu ne sais pas si tu vas avoir un avion, tu ne sais même pas, tu n’es pas sûr qu’ils ne vont pas rechanger d’avis et refermer l’aéroport quand on sera arrivé ! Tu n’as aucune idée de ce qui se passe.

J : Tu vois les heures passent, et nous on sait qu’on a… qu’il y a un vol à telle heure. Et que, en calculant à vol d’oiseau, on est large : on y va à l’aéroport. À vol d’oiseau ! À vol d’oiseau… Parce que, au moment ou moi j’ai atteins ma limite, sérieusement hein, tu me disais quoi que se soit, je te pétais la gueule ! Clairement j’étais au fond du bus, tout seul, j’étais vraiment en train de devenir fou. À ce moment là, on voit un ballet de bagnoles de flic qui ouvrent l’autoroute. T’as cinq bagnoles de flic qui ouvrent l’autoroute, avec les premières voitures autorisées à aller sur l’autoroute derrière.

G : Et là, on était content là.

J : Et là c’est la folie dans le bus : « Houhou ! » Rock and Roll ! A la sortie suivante, paf ! Libération !

NDA : Cafés pour tous.

J : Libération, et on a fait en une demi-heure ce qu’on avait fait en 6 heures. Et c’était la folie, la libération ! On revivait !

G : Nous on est fumeur : t’es en stress, t’en peux plus, t’es énervé, t’as peur, et t’es dans un bus et TU PEUX PAS FUMER !

– S : Ha…en tant que fumeurs, au Japon, vous pouviez pas dans le bus ?

G : Ha non, non !

J : Moi j’ai hésité, c’est aussi ce qui me rendait fou ! Si j’avais la fenêtre à coté de moi, si je voulais je l’ouvrais en grand, je sortais ma tête et je fumais. Mais non, ça se fait pas, y avait du monde dans le bus, y avais le chauffeur qui faisait son taf, c’est non-fumeur partout… enfin voilà quoi. On s’arrête à la station service avant l’aéroport, donc quand on entend « station service ! ». On parle pas de ce qui se passe en France hein, c’est à dire qu’il y a un supermarché des cabinets donc t’as trente quatre chiottes super propres, c’est magnifique, c’est incroyable, t’as un magasin, avec tout les magazines possible du monde…

G : Il m’a acheté des m&s (NDA : lire « aime n’ esmes ») !

J : Oui, des m&s (NDA : pareil) pour Georgia, c’est dire… Dans cette station service, je suis retourné dans le bus, j’ai dis : « Écoute Georgia, mon rêve depuis sept heures, c’est une clope, pipi, manger un truc ! Et là, j’ai pu faire les trois. » J’ai pris Georgia dans mes bras, et là, j’avais envie de chialer ! J’étais arrivé à point de fatigue et de nervosité, ou, honnêtement, j’avais envie de pleurer ! Du coup je suis allé me refumer une clope… [..] La moindre petite satisfaction fait que….

G : C’est la jouissance totale !

J : Tu n’imagine pas à quel point faire pipi c’est libérateur.

G : Je sais pas si tu as eu la chance d’avoir des toilettes chauffant, mais moi je serais restée assise sur les toilettes qui chauffaient pour la dernière fois… c’était extraordinaire ça…

J : C’est beau.

G : Et donc voilà, on arrive à l’aéroport…

J : Et là commence la vraie journée !

G : Haha ! C’est exactement ça ! Et là…

J : Commence le vrai stresse. C’est là qu’on commence à paniquer ! C’est dire !

G : Ouai, c’est là qu’on a eu peur. [..] Je n’avais aucune idée de ce que j’allais bien pouvoir dire, pour qu’on puisse avoir nos putain de billets d’avion, nous qui devions partir…

– S : Vous étiez dix neuf au lieu de vingt et un, c’est ça ? Vous arrivez dans un aéroport, dont deux qui n’avaient pas de tickets, et un qui partait de lendemain ? Et vous alliez tenter de vous rapatrier vous même ?

G : De tous monter dans l’avion.

J : Rapatrier, c’est définitivement pas le bon mot, hein ! La communication en France qui disait de tout faire pour rapatrier ses ressortissants…

G : C’est faux !

J : Tu peux jouer de la flûte si tu veux, ça fait le même effet. Parce qu’il n’y avait rien de prévu. Absolument rien ! D’accord ? C’est important !

G : Si ! Attend ! Si ! Air France a apprêté deux A380 pour le premier vol.

J : Ça c’est vrai, après…

– S : Deux, ça peut faire un peu court…

G : Pour la première soirée !

J : Après, que le Quai d’Orsay ai mis en place un truc, qui permette de, en priorité…

G : Si, peut être après ! Quelques jours après…

J : Ouai…

G : Quand en France il y avait des infos, et que ta famille qui te dit : « Non, mais ça va aller ! Du coup, tu vas être rapatrié ! » Non, non, non, c’est Georgia qui m’a rapatrié ! C’est pas la France ! C’est Georgia. Ça, faut bien s’en rendre compte aussi, moi j’avais des contacts un petit peu sporadique avec mon père, mon frère etc, par mail, par téléphone, très peu…

– S : Tu avais encore de la batterie ?

J : Non, mais on s’échangeait les chargeurs, on avait quoi ? Une minute de plus chacun, à droite, à gauche, on bidouillait comme ça.

G : On était une team !

J : Et pendant ce temps là, en France, on te disait : « Non, mais ça va aller du coup ! Tu vas être rapatrié » Que dalle !

G : Bon, je vais aller fumer une clope pour faire durer le suspense…

J : Ouai, moi aussi. Non, non, non, la logique commerciale d’un aéroport et d’une compagnie aérienne elle est toujours la même : « Tu as payé ton billet, tu rentres. Tu as pas payé ton billet, tu rentres pas ! » C’est comme ça, c’est tout.

– S : Accident nucléaire ou pas, ça change rien à l’affaire ?

J : C’est pas anormal, c’est la loi. Tu payes pas tu rentres pas. Ressortissant Français, Québécois, Japonais, Suisse… rien à foutre !

NDA : Cigarettes pour nos protagonistes.

– S : L’autoroute est ouverte, vous êtes arrivés à l’aéroport, il vous manque deux personnes (quand même), l’état Français ne réagit pas, vous n’êtes pas prioritaires pour les avions…

G : À ce moment là, j’arrive à avoir l’agence en France au téléphone.

– S : L’agence en France ?

G : Le TO, le Tour Opérateur avec qui on travaille, et un mec avec qui on bosse depuis quelques années, [..] je lui fais confiance. Lui est en contact avec le quai d’Orsay, puisqu’il y a finalement une cellule de crise qui a été mise en place, quand même. Il me donne le nom de quelqu’un à la cellule de crise, il me dit : « Essaye d’avoir Angélique. T’appelle la cellule de crise , tu demande Angélique, tu parle à personne d’autre, tu parle à Angélique ! [..] On essaye de vous mettre dans l’avion, tous ! Y compris ceux qui n’avaient pas de billet d’avion. Mais il va falloir que tu y aille quoi ! Faut que tu insiste, il faut que tu y arrive ! Parce que là, ça va être de ton côté, soit t’arrive à joindre la cellule de crise, et dans ce cas là c’est la cellule de crise qui prend la relève, et ce n’est pas gagné… Soit tu te démerde ! » Donc, là je vais au guichet, je parle à la nana, qui est une japonaise – heureusement que c’était une japonaise – et donc je commence à discuter avec elle, je cherche à savoir si les deux personnes que l’on a perdu à la gare sont là. Elle me dit qu’ils ont enregistrés leurs billets la veille. « Mais je peux pas vous confirmer qu’ils sont bien dans l’aéroport ! Je n’en sais rien. Ils ont enregistrés leurs billets par internet avec Air France. Je sais pas. » Elle me dit : « Vous voulez quand même monter ? » « Ba oui ! » [..] C’était maintenant ou jamais. On savait pas… Elle même me dit : « Je sais pas encore quand il y aura d’autres vols, prenez celui là. » À ce moment là elle pensait que tout le groupe prenait l’avion. Elle en savait pas qu’il y en avait trois qui ne devait pas prendre l’avion. [..] On avait deux personnes qui manquaient : le fils de ma collègue qui vivait au Japon est reparti, avant de prendre le bus, lui il a dit : « Bin, moi, j’habite ici, je reste ici. » lui il nous a quitté, on était dix sept. Donc j’arrive devant la dame et je lui dit : « Nous sommes dix sept français, nous devions prendre l’avion hier, comment ça se passe ? » « Oui, mais alors vous voyez, il y a tout les gens qui font la queue » « Attendez, je crois que vous avez mal compris ce que je vous explique là… On devait prendre le vol hier, et Air France est obligé de nous mettre dans le prochaine avion, vous n’avez pas le choix ! » « Oui, mais… » « Attendez, vous avez dix sept places là ? » « Oui » « Vous avez bien dix sept places ! On est combien ? Dix sept ! Ok, donc vous pouvez nous mettre dans cet avion. » « Oui… Bon ba donnez moi tout vos passeports. » Je lui donne. Elle se barre avec, et là je me dis : « C’est quitte ou double ! » Soit ils acceptent de nous mettre dans l’avion, soit on monte pas. Mais j’avais réussis à lui faire dire qu’il y avait dix sept places. On pouvait rentrer dans l’avion, il y avait la place pour nous y mettre. Et j’avais commencé à comprendre un peu comment les Japonais fonctionnaient avec tout les gens que j’avais pu avoir au téléphone depuis trente six heures, et je me doutais que si elle m’avait dit « oui » c’était bon, elle ne pouvait plus me dire « non ». Elle s’en va un quart d’heure, là on commence à avoir des gens qui craquent. Notamment une qui… en fait ça continuait toujours à trembler. Ça tremblait, ça tremblait. On essayait de se rassurer les uns, les autres : « Mais non, mais non, ça ne tremble pas, mais non, c’est un aéroport ».

J : On essayait de se dire : « C’est normal, c’est un aéroport, quand un avion décolle, tout l’aéroport bouge ! C’est normal, c’est normal, c’est normal… »

G : Personne ne nous croyait, d’ailleurs ça devait se sentir je pense…

J : Ba si ! Moi j’y est cru jusqu’à la fin ! Mais j’ai flippé.

G : Donc cette nana craque, tombe au sol, en larmes,  presque en hurlant : « Je veux voir mes enfants, je vais jamais revoir mes enfants ! » C’était la panique. À ce moment là, tout le monde savait, même elle, pour la centrale.

– S : Même si personne n’avait lâché le mot, tout le monde avait réussit à drainer l’information ?

G : Voilà.

J : Parce que si tu veux, il y avait une information constante quand même, sur les écrans, parce que encore une fois, on parle pas Japonais, donc la radio tout ça, voilà, mais quand sur les écrans on te montre une centrale nucléaire : on est pas stupide. Quand on te montre une centrale nucléaire pendant le tremblement de terre, avec les images graphiques qui nous montre l’onde… Enfin, la zone d’impact d’une éventuelle explosion, etc, tu commence à te dire ….

G : Il se passe quelque chose de pas très très catholique !

– S : Une éventuelle explosion d’une centrale nucléaire ?

J : Carrément.

– S : Ça veut dire, est ce que vous aller mourir dans les quelques minutes qui suivent ?

J : Oui, c’est ça,

G : Tu te pose la question ! En gros tu te pose la question : et si ça pète ? Elle à combien de kilomètres…

J : Et l’onde de choc ? Est ce qu’on crève à cause du nuage radioactif ? etc !

G : Nous on se disait : il faut qu’on parte parce que au mieux, c’est qu’un nuage radioactif.

– S : Tu avais déjà peur d’être irradiée ?

G : Oui !

J : Moi ouai !

– S : Tu avais conclu que au mieux, il y avait…

J : Au mieux, un nuage nucléaire.

– S : Tu avais déjà pris sur toi l’idée que…

J : Quasiment parce qu’il n’y avait pas eu d’explosion ; c’était le bordel.

G : Disons qu’il y avait la possibilité de finir par l’être, si on restait plus longtemps. Donc c’est pour ça qu’on voulait se barrer le plus vite possible, parce que à ce moment là, à l’aéroport, je pensais quand même un peu à moi, et j’avais pas du tout envie, j’avais vu le temps qu’on avait mis pour aller à l’aéroport, j’avais vu qu’il n’y avait toujours pas de train (parce qu’il n’y en avait toujours pas), et je me suis dit que si on reste, [..] on est coincé à l’aéroport. Et pour l’instant il n’y a pas encore de mouvement de panique d’étrangers qui essayent de se sauver, parce qu’on est les premiers. Il y en avait un petit peu, mais franchement c’était pas ce que ça été après, on a vu les images des aéroports, c’était autre chose quoi ! Il faut qu’on parte maintenant, sinon on partira pas avant notre vol de jeudi, et va savoir ce qui peut se passer jusqu’à jeudi. [..] Si ça explose, si ça continue à trembler, on va crever quoi ! Moi c’est la première fois de ma vie, que je me dis « je vais mourir » « peut être mourir, là, maintenant, tout de suite » enfin dans les heures qui viennent. Loin de chez moi, sans vraiment savoir se qui se passe.

J : Comme il y avait obligation, quelque part que Georgia, de toute façon, tienne debout avec le sourire, en disant que tout va bien, on rentre… Mine de rien, même si encore une fois c’était pas mon boulot, mais j’étais un  peu obligé de faire pareil, parce que j’avais pas envie qu’elle tourne de l’œil elle ! Si elle, elle tournait de l’œil, c’est pas compliqué, t’avais dix sept français qui se faisaient dessus littéralement. Vraiment, à un moment donné, ça tenait à pas grand chose. L’organisatrice du truc, si concrètement elle tenait pas debout, on était tous morts. Mais littéralement quoi, je pense que si, si on avait pas une personne, un peu pile électrique : « Si, si ! On y va ! Pas de problèmes, ça s’organise, machin » Je pense que tu avais dix sept français à l’aéroport de Narita assis par terre, en train de pleurer. Concrètement ça aurait tourné comme ça. Le moment où la gonzesse elle est revenue nous voir, on lui avait donné nos dix sept passeports, elle est revenu nous voir avec trois passeports, bin oui, X., Georgia et moi, donc les trois personnes qui n’étaient pas censés rentrer maintenant. Donc là on a commencé, les trois là, à devenir vert pâle, et à se dire…

G : On est dans la merde !

J : Hou putain ! Donc elle vient nous dire, vous vous deviez partir dimanche, et vous deux, c’est pire, vous deviez partir jeudi, donc, je comprends pas, pourquoi vous me dites que vous partez etc. etc. ? Là, il c’est passé un truc de malade, que moi je n’avais jamais vécu et que c’est la première fois que je le vivais, et comment ça fait plaisir, où t’as dix sept personnes qui viennent derrière toi et qui disent : « Non ! Non ! Non ! Non ! Vous avez pas compris, Ils rentrent avec nous. Ils reviennent avec nous en France ! Si elle, elle ne revient pas avec nous, on rentre pas en France ! Donc Ils reviennent avec nous. Tous ! Le chinois là, lui là le barbue et la rebeu, ils reviennent avec nous en France. » Et donc, vraiment, confronté avec la nana d’Air France, qui est pas méchante, qui essaye de comprendre ce qui se passe.

G : Qui fait son travail quoi.

J : Et là t’as tous les autres français qui arrivent derrière toi et qui font : « Non ! Non ! Non ! Vous avez pas compris comment ça se passe. Ils rentrent avec nous, on repart tous ensemble. »

G : Donc j’ai fini par discuter avec elle. A ce moment là, c’est le seul moment ou j’ai fait référence à ce qui se passait avec la centrale, où je lui dis : « Attendez, vous savez très bien ce qui est en train de se passer dehors. Vous-même il y a cinq minutes vous m’avez dit que vous feriez mieux de prendre cet avion. Vous m’avez dit qu’il y a dix-sept places, je sais très bien qu’il y a des places. Faites ça. C’est humain. Faites ça parce que c’est humain. Vous savez très bien que si vous faites pas ça, on est au moins deux à être sacrément dans la merde. » Et elle m’a dit… En fait, je crois que malgré tout que l’argument qui a été choc c’est quand même quand je lui ai dit : « Vous m’avez dit qu’il y avait dix-sept places ! »

J : Elle s’est engagé sur quelque chose, c’est typiquement japonais, tu lui as dit oui, tu peux pas dire non après. T’as dit oui, point, c’est fait. [..]

G : En travaillant à Air France elle doit savoir que les français sont chiants.

J : « On part tous ensemble. Point, c’est tout. On part, voilà. » Vraiment ça fait chaud au cœur. Je t’ai dis il y a des gens qui pourraient très bien dire : « allez c’est bon on s’en fout, nous on rentre. Eux, bon, bin ils se démerdent. Ils voulaient rester plus longtemps ? Ils voulaient rester plus, ils restent plus ! » Mais non, ils sont tous venu dire… [..]

G : Même celle qui venait de craquer dans l’aéroport.

J : Même ceux là ils sont venu dire : « Non ! Non ! Non ! Vous avez pas compris, ils repartent avec nous. Point. » Et la nénette elle nous a regardé, elle a pris les trois passeports, elle est repartie.

G : Et là on savait pas.

J : On savait pas à quelle sauce on allait être bouffé.

G : Et puis elle fini par revenir.

– S : Attendez ! Attendez, il vous manque toujours deux personnes ?

G : Oui, quand je te dis que…

J : La personne qui devait partir dimanche, on savait qu’elle était à Tokyo en sécurité avec des amis, tout ça. On s’inquiète moins quand même, mais elle est bloquée à Tokyo. Et un couple, qu’on sait pas ou ils sont. On arrive à l’aéroport, on sait pas.

– S : Depuis le train ?

G : On en sait rien ! Une fois de plus, à ce moment là, on ne pouvait rien faire pour eux ! La seule chose que je pouvais faire, c’était une fois qu’on avait passé l’embarquement appeler l’ambassade, et dire : « On a deux disparus. » Une fois que je passais et que je voyais qu’ils n’étaient pas dans l’avion, je n’avais plus que ça à faire. Mais ce n’était pas le problème du moment. Il fallait gérer un problème à la fois. C’est-à-dire qu’il fallait gérer la situation du moment au moment. Il n’y avait pas autre chose à faire. Donc elle revient, elle se met derrière son guichet, elle fait signe, les premiers passent. Celle qui avait craqué en premier, on la fait passer en premier. Elle passe.

J : Elle était arrivée au maximum.

G : On a tous nos limites.

J : Soit on lui disait tu rentres chez toi, soi elle fondait sur place.

G : Elle se met, elle récupère son passeport, elle se retourne vers nous, et elle me dit : « Georgia c’est bon ! Vous avez vos passeport là, vous avez vos billets, c’est bon vous partez ! » Et c’est à ce moment là que moi, j’ai craqué.

J : Là il s’est passé un truc de ouf, c’est-à-dire que jusqu’à maintenant il y avait Georgia qui était vraiment en mode organisation. [..]  Et au moment où la nénette qui était vraiment la plus tendu, la plus nerveuse, qui avait commencé à craquer à l’aéroport, elle a repris son passeport, elle a enregistré son bagage, elle a repris son passeport et elle a souri. Truc de ouf, elle a souri elle est venue vers nous et elle nous a dit : « C’est bon, allez on rentre… »

G : « Et vous aussi ! »

J : Et là, Georgia, tu vois, elle a pleuré.

G : Et j’ai pleuré sa mère !!!

J : Elle a pleuré sa race hein, c’est pas compliqué car à ce moment là, moi, j’étais avec Georgia, et je me dis bon, bin voilà. Moi j’ai pas pleuré par exemple. Mais parce que je me suis forcé à pas pleurer. C’est à dire que, je me suis dit que si moi je me mets à pleurer, c’est bon, c’est fini, il y a plus rien qui tient.

G : Tu me portais.

J : C’était hallucinant. J’essayais de dire : « C’est bon, on rentre. On pleurera tout à l’heure. Je te jure tout à l’heure on pleurera, il n’y a pas de problème. On va dormir, on va pleurer, ça va être bien. Mais pas là. Attends qu’on ai repris nos passeports et rangé nos bagages.

G : On a fait passer tout le groupe.

J : On est passé en dernier.

G : On est passé en dernier, X. est passé. X., à partir du moment où on est arrivé à l’aéroport, jusqu’à Paris, [..] on ne l’a pas entendu. [..] Et donc lui tu l’entendais plus, il a pris son truc, il est passé, il m’a regardé, il est allé faire la queue. Il a rien dit quoi.

J : Il est revenu avec son passeport, il a juste dit merci en passant. Il t’a regardé et il a pas dit un simple merci mais : « Tu me ramène chez moi, merci ! » Là j’avais envie de chialer, tu vois. A ce moment là, on rentre chez nous, on va pouvoir souffler, dans deux minutes, on souffle.

G : Donc on était passé, moi j’étais passé en larmes… et y a rien pour mettre plus mal à l’aise un japonais que de montrer ses émotions, j’étais en larmes et elle s’est barrée. Hop, elle s’est barrée ! Elle a pas supporter mes larmes, car j’étais vraiment à 200 % ! J’ai donné tous ce que j’avais ! On a pris nos billets, moi je suis allé me mettre dans la queue, et je me suis dit qu’il faut que j’appelle en France pour leur dire « Ça y est c’est bon ! On va rentrer dans l’avion, tous ! » On passe de l’autre coté je branche mon portable. Et on va fumer !

[..]

J : Et là c’est l’embarquement, on a donné nos passeport que nos bagages sont enregistrées que voilà, on est du coté prochaine étape : embarquement. C’est pas fini. Le stress il est juste pas tout à fait fini parce que à ce moment il faut que Georgia elle appelle en France : « On rentre, et on rentre à telle heure. » Il faut qu’elle appelle le TO pour dire « C’est bon, voilà c’est fait, on rentre. » Il faut qu’elle appelle maman, tout le monde.

G : Je leurs ai envoyé un texto.

J : C’est pas tout à fait fini tu vois. Il faut le stress pour trouver cette prise dans ce connard d’aéroport de merde ! Le stress de comment on fait marcher une cabine publique au Japon ?

G : Haha, enculées de cabine !

J : Moi j’étais là avec deux hollandaises : « Les gonzesses ! Hé j’ai trouvé la feinte ! Il faut faire comme ça, machin, truc… » A ce moment là, la seule personne que j’ai réussit à appeler c’est le mari de ma mère : « Je suis vivant ! Je suis trop content de t’avoir au téléphone, je rentre à tel heure ! » Vas y ça fait plaisir.

G : Je réussis à avoir le TO, il me dit « à demain matin », j’envoie un mail au boulot en disant « c’est bon on arrive à tel heure à l’aéroport. » Donc voilà, on se pose. Avec des gens du groupe, on s’allonge par terre. Et l’avion partait toujours pas quoi ! L’avion partait toujours pas ! Et on se disait : « Putain, les enculés, si ça ce remet à trembler on peut se retrouver coincé de ce coté là ! » Et on était allongé, je me souviens, avec H. on était par terre.

J : comme des grosses merdes. [..] On sentait pas bon. Ça faisait deux jours qu’on avait pas pris de douche.

G : Pas lavé les dents, c’était ignoble. On était allongé avec H. on commençait à ce calmer un peu quand même. Je la regarde, elle me regarde, elle me dit : « Tu sens là ? » « Ouai, ouai… » Je sentais le sol qui tremblait.

J : Là elles ont brisé mon illusion, je leur ai dit : « C’est normal c’est un aéroport, y a un avion qui arrive, c’est normal que ça bouge. » Et là les deux elles me disent :

G : « Là il y a pas d’avions qui se posent, y a pas d’avions qui partent ! » Et le sol continuait de trembler. Et comme on était, par rapport au vent… Les voyages en avion avec les vents, tu va aller plus ou moins vite. Si on partait à l’heure qui était prévu, on arrivait beaucoup trop tôt à Paris, et là à l’aéroport, c’est la merde. Déjà là on est arrivé à 4 heures du mat’ en prévoyant 14 heures de vol, donc il fallait qu’on attende. Donc on attendait. On attendait. C’était atroce. On fini par monter dans ce fameux A380. C’était la première fois pour nous, c’est le luxe ! A380 vas-y !

J : Même en classe poulet ! La classe poulet, c’est la classe standard, la Chiken Class !

G : Quand on arrive, c’est important quand même. Une fois qu’on a passé les contrôles, je vois deux connards qu’on avait perdu à la gare !

– S : T’as retrouvé le reste de ton groupe ?

J : Ouai. Moi je cherchais désespérément une cabine téléphonique, pour appeler chez moi pour dire je rentre ! Au moins ma mère pour dire que je rentre, préviens tout le monde. A ce moment là je croise un autre du groupe, mais limite les larmes aux yeux ! C’est impressionnant, à ce moment là on est quand même tous les meilleurs amis du monde ! T’as une sorte de cohésion de groupe qui se fabrique. Le mec il me croise, Il me prend la main et me dit : « Putain, on a retrouvé J. et sa femme… » Les deux qu’on avait perdu à la gare.

G : Très longtemps avant.

J : Encore une fois, moi j’étais là… Fiou… Comment ça fait plaisir !

G : Moi je suis pas allé le voir. Je l’ai vu de loin et je me suis dit : « Si j’y vais » (je vais être honnête) « mais je vais le casser en deux ! »

J : C’était dur. Car depuis le début, c’était compliqué,  il était lui dans l’optique de : « J’en ai rien à foutre, je rentre chez moi. Vous faites ce que vous voulez, moi je rentre chez moi ! »

G : Si tu veux, à l’époque, dans l’hôtel, moi je faisais attention à tout le monde, il y en avait 1 que j’avais repéré comme à risque,  parce que eux, pendant le tremblement de terre il a été très très choqué parce que eux, pendant le tremblement de terre,  ils étaient dans leur chambre d’hôtel au 30ème étage, ça à sacrément secoué. Il n’a pas dormi de la nuit, car il a mis sa femme dans un encadrement de porte, là ou il fait pas trop froid, pour qu’elle puisse dormir. Lui il a pas dormis, c’est pour ça que malgré tout je pense que quand il est monté dans le métro, dans le train, il nous a entendu, mais il n’a pas analysé l’information. C’est à dire que, il y a des gens qui m’appellent ais je m’en fou. Voilà, et il est rentré, il est parti.

J : Je rentre, je me casse.

G : Ce qui a fait aussi que je suis pas allé le voire, c’est que m’en voulais déjà, parce que je l’avais repéré au début ! Et je te l’avais dis dés le début : « Z. il faut qu’on y fasse attention ! C’est un gars à risque, je sens il est faible. Ça va pas il peut nous claquer dans les doigts. » Et je n’ai pas été suffisamment attentive.

J : C’est pas surprenant, c’est exactement ce qu’elle m’a dit mots pour mots. Qu’il allait nous claquer dans les doigts.

G : Et c’est sur, ça paraissait évident. Et j’ai pas réussi.

J : Tu sais je pense que c’est con, mais une majorité de gens ont dit que : « Non, on part pas si on est pas tous ensemble ! On est pas des chiens quoi ! » Le fait de perdre, parce que c’est vraiment le mot, le fait de perdre deux personnes, c’est triste, mais c’est ce qui a fait que d’un coup : cohésion, unité ! « On a perdu deux personnes ? Et bien c’est terminé, on fait tout ensemble ! »

G : Donc, bon, on monte dans ce putain d’A380, on enlève nos chaussures, on se dit que nos voisins vont nous détester, parce qu’on sentait le fennec ! On puait putain, un truc de malade ! On sentait mais, ho ! la vache !

J : Pour l’histoire, j’ai remis mes chaussures, parce que ça me gênait moi même.

G : On a enlevé nos chaussures, on s’est regardé, whoua ! Ça pique !

– S : Surtout que là il y en a du chemin pour rentrer.

J : 15 heures.

G : Ouai mais rien à battre, j’enlève mes pompes !

J : Il s’est passé un truc magnifique, on est arrivé dans l’avion, on était à coté tout les deux, parce que voilà, on voulait voyager tout les deux… voilà..

G : Parce qu’on a super peur dans l’avion !

J : Super peur. Une fois décollé tant pis, c’est fait, mais le décollage, c’est juste horrible. Bizarrement l’A380 c’est plutôt agréable. Nan, le décollage ça va.

J et G : C’est la poussé !

G : Haha ! La putain d’enculé de poussée quoi !

J : On était là : « Tranquille ! » Et là, poussée ! « Georgia tu peux me tenir la main ? »

G : « Ouai, si tu veux… » Genre moi j’ai pas peur.

J : Et on avait la chance au retour, d’avoir trois place pour deux.

G : Comme quoi il y avait de la place dans l’avion, si tu veux.

J : On était assis tout les deux cote à cote, on avait trois places, et c’est pas compliqué au bout de 14 secondes de voyage : « Vas y Georgia, allonge toi sur les deux places. » Et bien c’est pas dur, elle a dormis de Tokyo plus 14 secondes jusqu’à Paris.

G : J’ai pas eu le temps pour regarder un film. En fait je me suis réveillé pour manger. J’ai mangé je me suis rendormis.

J : Grosse nuit, mais c’était un peu nécessaire.

G : J’ai mal dormis, mais j’ai dormis profondément.

J : Et à partir du moment ou on était dans l’avion, on a pas arrêté de dire des conneries. On s’est gondolé mais pour des trucs de merde, on a pas arrêté de rigoler. Une hôtesse de l’air qui bavassait, mais c’est pas possible quoi.

G : Gwendoline !

J : Et elle racontait des trucs de merde à des français qui étaient pas loin, on s’est foutu de sa gueule d’entrée de jeu, et on a bien rigolé. Et il s’est avéré que dans la nuit, Gwendoline, moi j’arrivais pas à dormir, j’avais ma PSP : plus de batterie ! Une demi heure de jeu, plus de batterie ! On se fou de ma gueule ? Bon, je me lève, et je vais essayer de me brancher, je vais dans les chiottes, et il y a une prise. Je sort des chiottes, et là une hôtesse qui passe, c’était la fameuse Gwendoline, je lui dit : « Si je branche ma truc, ça va ? » « Non ! Débranchez moi ça. Vous êtes pas le premier, vous allez me griller votre machin. Après vous allez faire la gueule etc. Venez avec moi. » Elle m’emmène dans le truc des hôtesses, elle prends un truc caché : « Branchez vous là : une prise normale. Restez à coté, servez vous du jus de tomate, faite vous un sandwich et tout. »

G : Elle était super gentille Gwendoline en plus.

J : On a discuté avec Gwendoline : « Alors comment ça va ? Machin ? ». J’ai chargé ma PlayStation à fond. Je vais m’asseoir, j’allume ma console, j’ai de la batterie, ça déchire. Et là… Zzzzz

G : Haha, Il s’est endormi !

J : Gerogia me dit : « Hé, c’est l’heure de manger ! » « Quoi ?! » « Ouai, on est arrivé à Paris dans deux heures ! » Voilà. Et c’était le meilleur voyage en avion que j’ai fait de toute ma vie.

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Cet article à été rédiger le 11 Mar 2011, et est publié dans Société, Voyage.

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